Samedi 16 mars 2019, c’est le début d’une grande aventure, qui, en réalité, a déjà commencé il y a quelques longues semaines au moment de l’inscription pour cet Ecotrail de Paris 80km. Mon premier trail distance XXL, plein d’appréhension en moi mais une vraie hâte d’en découdre et d’être en bagarre avec moi-même durant ces longues heures entre la base de loisirs de Saint-Quentin et la Tour Eiffel.

Petit Point Matos

Avant toute chose, faisons un point sur le matériel. Bien évidemment, aucune surprise, aucun test de dernière minute. Uniquement des valeurs sures, surtout sur une si grande distance. Tout risque est à proscrire.

  • Saucony Xodus Iso 2 GTX : Une paire de chaussures bien connue du milieu du trail et qui me convient parfaitement depuis plus d’un an. En bonus, la membrane imperméable au cas où le temps se dégraderait.
  • Kalenji : La marque de Décathlon n’a plus rien à prouver selon moi. J’ai une entière confiance en eux que ce soit pour les shorts ou tout ce qui peut se porter en haut. J’étais donc comme un ambassadeur ambulant, de la sous-couche au k-way 😆
  • Courir pour Marie : En bonus, le t-shirt de l’association pour laquelle je cours, histoire de pouvoir me changer quand on commencera à avoir froid en soirée.
  • Compressport : J’avoue que j’ai jamais vraiment réussi à savoir si l’effet était plus psychologique qu’autre chose, mais les manchons de compressions m’ont toujours empêché d’avoir des crampes, alors on ne change pas une équipe qui gagne.
  • Raidlight : Niveau sac, je reste sur mon Responsiv 10L de chez Raidlight. J’ai suffisamment couru avec pour savoir ce qu’il vaut, et je n’avais pas envie de prendre de risque au niveau de mon dos.

ecotrail paris 2019 trail running nutrisens sport

Côté Nutrition et Hydratation

Comme j’ai la chance de faire partie des ambassadeurs Nutrisens Sport pour l’année 2019, j’ai fait confiance à la marque pour la course. Après avoir testé plusieurs fois, tout est bien assimilé par mon corps, alors autant foncer :

Niveau solide, j’étais parti avec beaucoup trop à bouffer, comme souvent… Je ne saurais même plus dire ce que j’avais réellement avec moi. Ce qui est certain, c’est que j’avais en stock :

  • 2 Récup 10 : des crèmes lactées hyperprotéinées pour la récup, saveur chocolat et abricot. Mentalement c’est toujours très important de varier les goûts.
  • Barres NINE Graines de Potiron & Tournesol pour favoriser le côté salé.
  • Barres FLAPJACK Noix de Pécan. Je conseille vraiment cette gamme, ça tient au corps assez longtemps et, encore une fois, mentalement avoir un tel plaisir à portée de main c’est primordial.

Jour J

La veille du départ, nous voilà arrivés à Paris pour essayer de préparer au mieux la course du lendemain. C’est loupé puisque la nuit d’avant-course fut catastrophique ! Montée de fièvre, allergie et tout ce qui s’en suit. Pas grave, la préparation a été en adéquation avec ce que demande le format de course et, en bonus, on part à 4. Quatre personnes de confiance : Thomas, Dominique et Romain qui auront tous un rôle très important tout au long du parcours.

Petit déjeuner plaisir avalé, on part dans une course contre la montre pour récupérer à la gare un des quatre guerriers du jour. On dépose ses affaires à l’hôtel et on fonce vers le départ. On se change, on ne peut maintenant plus revenir en arrière. J’avoue avoir eu beaucoup de questions en tête lors des quelques minutes de marche qui séparaient la voiture du dépose consigne. Une appréhension logique en somme mais rapidement vite évaporée par des nouvelles positives. On retrouve plein de copains sur la ligne de départ et on apprend qu’on aura une assistance de luxe sur la course tous les 10km. C’est très important mentalement.

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Il ne reste plus qu’à se bouger dans le sas de départ et attendre le briefing de course que j’avoue ne pas avoir du tout écouté. La pression monte mais le départ est donné. Ce n’est plus le moment de cogiter ! Nous voilà partis pour une très longue aventure 😀

SAINT-QUENTIN-EN-YVELINES

On part à notre place, c’est à dire en toute fin de peloton et on commence par bien faire gaffe au terrain qui est idéal pour se péter une cheville sur les premières centaines de mètres. De toute façon, nous ne sommes pas pressés. Nous avons prévu de faire la course en 12h. Objectif raisonnable et atteignable, du moins sur le papier…

Le premier bouchon arrive assez rapidement mais on enchaîne sans souci. À priori on a beaucoup de chance vis à vis de l’année précédente, c’est bien plus praticable. Il fait sec et on va pas s’en plaindre. Je sais que la première section de 23km qui nous amène à Buc doit servir d’échauffement. On profite alors du paysage sympa autour du plan d’eau de Saint-Quentin et du soleil qui se lève doucement. Les discussions entre copains et entre traileurs font passer les premiers 10km très rapidement. On aura bien sûr le droit au bien connu bouchon au dessus de la passerelle de la gare… avec quelques intrépides qui doublent tout le monde pour passer de là 1700ème à la 1500ème place… primordial.

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On continue d’avancer et on croise Sophie, notre assistance de luxe. Dans la foulée, Steve, un ami, est là aussi. Un moment de partage court mais plein de plaisir ! Ça fait toujours du bien de voir des têtes connues.

Sans forcer, le premier ravitaillement de Buc se rapproche et les jambes sont très bien. Encore heureux après même pas un quart de la course mais ça reste une excellente nouvelle. J’en profite aussi pour discuter avec pas mal de gars sympas. Un me dit que son seul objectif est de faire moins du double du temps du vainqueur. J’ai trouvé ça honorable. Et, comme cette année, ça risquait de se jouer en moins de 6h, fallait se sortir les doigts.

Résultat, on arrive au premier ravito après 2h30 de course, 1h d’avance sur la première barrière horaire. Large ! Mais le plus dur arrive, sans aucun doute.

BUC

Le Ravito arrive et il est très important. On se fixe un point de RDV et 5/6 min de pause pas plus, histoire de ne pas trop couper les jambes. La section qui arrive va faire mal ! 23 bornes, 500D+ et nous arriverons à Meudon ou il n’y aura.. qu’un point d’eau. L’objectif est clair ici : recharger les batteries, repartir blindé en eau et les poches pleines. Je bouffe bien comme il faut, gruyère, TUC et des fruits secs. Un petit verre de coca pour le plaisir et c’est reparti.

J’ai tendance à avoir régulièrement des brûlures et j’ai oublié de mettre de la crème. Mes compères partent donc devant et je cravache un peu dans la descente pour les rattraper… pas assez à priori puisque je ne vois personne. J’aperçois finalement Romain 1km plus loin qui m’attend et on met ensuite quelques minutes à rattraper les deux autres devant. J’avais eu un peu peur de me cramer à accélérer mais il n’était pas question que je me retrouve seul. Surtout sur une portion si longue.

La route continue. On avance bien en alternant course et marche dans les grosses côtes. Le rythme est bon et tout le monde est à peu près en forme. Les premières douleurs apparaissent de mon côté. Rien d’anormal ni de vraiment inquiétant après une trentaine de bornes.

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On arrive proche du 40ème et, en haut d’une côte longue, raide et éprouvante, on retrouve Sophie qui était là pour apporter du soutien, de la bonne humeur, du réconfort, et du ravitaillement. C’est probablement, pour ma part, le moment le plus important de la course. Avoir la possibilité de prendre un peu de coca, un peu de bouffe salée, et de me poser 2min fut un vrai boost moralement et physiquement.

Les derniers kilomètres jusqu’à Meudon étaient ensuite bien plus faciles, la machine était repartie ! Il ne faut pas oublier que, courir à plusieurs, c’est une vraie aventure humaine, il faut gérer les hauts et les bas de tout le monde et.. freiner parfois les euphories. Je remercie d’ailleurs Romain de m’avoir plusieurs fois rattrapé pour me dire d’y aller tranquille sur cette portion. Les conseils de coureurs expérimentés ont toujours un grand intérêt.

On croise aussi pas mal de monde sur les portions de route en ville. C’est toujours super cool d’entendre son prénom et d’être encouragé grâce aux dossards personnalisés. Les gens ne se rendent vraiment pas compte, mais ça fait toujours un bien fou.

MEUDON

18h25, après avoir pris le temps de discuter un peu avec Thomas en bas de la zone de ravito, on rejoint Dominique et Romain au point d’eau. Toujours plus d’une heure sur la barrière, ce n’est donc pas ce qui va nous mettre en difficulté aujourd’hui.
Ici, on prend un peu plus de temps mais on est en plein vent et ce n’est pas forcement une super idée avec le recul. Mais je crois qu’on en avait tous besoin, surtout moralement. Je prends 5min pour me changer histoire de ne pas chopper un coup de froid. Aussi je fais de mon mieux pour remplir ces foutues flasques Raidlight qui m’auront bien énervé à fuir de partout. Résultat, je m’en fous partout sur les mains et elles sont gelées. Ne reste plus qu’à repartir avec les gants… et la frontale, car la nuit arrive petit à petit.

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Cette fois ci, je repars seul avec Thomas car nous nous sommes un peu traîné le cul. Dominique et Romain sont devant et on les rejoint très rapidement après avoir avalé la côte post-ravito. Cette section qui arrive devrait déjà être plus facile. Seulement 10km jusqu’à la prochaine étape.

On passe ensuite par le joli parc de l’Observatoire de Meudon duquel on aperçoit, au loin, la Tour Eiffel qui nous nargue. Encore 35 bornes.. ou plutôt plus que 35 bornes. On s’élance ensuite dans une longue partie en sous bois, à travers la forêt et en passant toujours près de petits étangs bien sympas. J’avais souvent entendu des choses assez négatives sur le parcours, mais, jusque là, j’étais vraiment agréablement surpris.

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Le moment redouté arrive, on passe en mode nuit, frontale qui s’allume et tout ce qui s’en suit : la nécessité d’une concentration encore plus importante pour ne pas se prendre une racine qui traîne par là et un mental parfois mis à rude épreuve une fois qu’on est dans un format de course nocturne.

De mon côté, tout va bien, j’ai passé ma plus grande distance (44km de la Saintexpress) et mon corps est en forme. Donc forcement le mental aussi. Ce n’est pas le cas de tout le monde, Dominique, avec l’arrivée de la nuit, commence à flancher un peu. Mais je n’ai pas d’inquiétude, on a tous eu des hauts et des bas, on a su se relancer et le ravitaillement chaud approche. Il va permettre de recharger les batteries comme il faut !

CHAVILLE

19h59, nous arrivons au premier ravitaillement chaud de la course. Le premier avec du solide depuis… 33 kilomètres. Cela fait long, très long, même quand on pense à bien s’alimenter tout au long du trajet. Mentalement, cette pause fait un bien fou.

J’en profite pour utiliser le joker « coup de fil à un ami » et prends le temps de bien manger. Au programme : toujours du fromage, des TUCS, et un peu de chocolat. Et, en bonus, un bol de soupe histoire de bien recharger le corps en nutriments. Du côté de l’équipe, on prend le temps, on enfile un k-way et on fait de notre mieux pour relancer Dominique. Sans surprise, cette pause lui fera le plus grand bien. Le plus dur est fait et le prochain ravitaillement (et dernier d’ailleurs) n’est que dans 13km.

On repart après dix minutes d’arrêt, les jambes répondent bien. Dominique gère le rythme et on prévoit de le suivre sans forcer, histoire que tout le monde soit à sa vitesse. On va pas se mentir, de toute façon, cette allure convenait à tout le monde à ce moment de la course.

D’entrée de jeu, on se prend un morceau de côte qui coupe bien les jambes. La « dernière difficulté » selon un copain traileur qui, à priori, n’était pas bien au courant. On en profite pour tomber sur un tourangeau, tout comme nous, qui nous explique le pourquoi du comment de cette fameuse « cote du pavé des gardes ». Sur le coup, c’était bien intéressant, mais j’avoue n’avoir absolument rien retenu.

Encore quelques kilomètres alternant entre sous-bois et bitume en ville… Les premières légères difficultés arrivent pour moi. Quelques crampes au mollet et un mal de bide dès que je marche. C’est problématique et je n’ai vraiment pas envie de finir en PLS à cause de problèmes gastriques. J’évite donc de trop marcher et je prends un peu d’avance sur la troupe en arrivant dans le Domaine de Saint-Cloud. Le dernier ravitaillement, celui du 69ème kilomètre arrive à grand pas donc pas d’inquiétude. Nous serons de nouveau ensemble dans quelques minutes.

SAINT-CLOUD

22h, on arrive au dernier point de ravitaillement, on aperçoit la Tour Eiffel qui semble aussi loin que proche. On ne peut que se dire que c’est fini… ou presque… 11km c’est peu et beaucoup à la fois.

Je suis en pleine forme ! Du moins c’est ce que je crois… ou ce que mon cerveau essaye de me dire. J’utilise le deuxième joker « coup de fil à un ami » et j’ose dire aux copains « Si fallait faire 100 bornes j’aurais pu y aller tranquille ». Terrible erreur de débutant, surplus de confiance et manque d’expérience. J’oublie de manger et repars en ayant seulement croqué un bout de fromage.

On relance, ça tire un peu, mais on remonte beaucoup de monde sur la première portion. Important pour le moral. Petit à petit, on descend sur les quais et on continue d’avancer… lentement mais sûrement.

On décide de laisser de nouveau Dominique gérer l’allure et, à partir du 71ème, on alterne 400/500m de course et marche. Le 71ème c’est aussi le moment où mon corps décide de me faire payer ce manque de carburant. Comme s’il me disait « Tu ne m’as rien donné ? Maintenant tu vas morfler ». Le pire dans tout cela, c’est que je n’aurais pas eu la lucidité d’avaler un gel ou deux histoire de me relancer.

En seulement quelques mètres, je n’ai plus rien dans les jambes. Mon corps me lâche, mon mental aussi. Tout ça sans que je ne puisse contrôler grand chose. J’en arrive même à chialer en courant.

La dernière heure de course est un enfer. Évidemment, il était hors de question d’abandonner si proche de l’arrivée et les copains du jour m’ont bien aidé. C’est dur pour tout le monde mais on s’accroche.. 5..4..3… plus que 2km avant la montée vers la Tour Eiffel.

On remotive un dernier coup l’ami Dominique qui essaye de nous faire croire qu’il n’a plus de jambes mais hors de question de terminer en marchant. On monte les dernières marches et pour arriver sur le parvis de la Tour Eiffel…

11h33 de course. Pile le double de temps du vainqueur : mission accomplie !

Qu’importe l’essentiel est ailleurs : nous sommes FINISHER ! Ma première grosse distance est bouclée ! Et nous sommes tous entiers 🙂

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Bonus : nous avons fait mieux que ce que nous avions prévu. Je n’ai pas de mots pour définir la fierté d’avoir été au bout tous ensemble. J’encourage vraiment quiconque à se lancer dans ce genre d’aventure à plusieurs. Humainement tout d’abord, c’est quelque chose d’immense, qui forge une amitié, qui renforce mentalement car il faut s’adapter sans cesse à tout le monde. Et puis, le temps passe beaucoup, mais vraiment beaucoup plus vite. Un IMMENSE merci à Dominique, Romain et Thomas pour tout ça.

La montée vers le premier étage se fait lentement, entre photos, plaisirs, douleurs et félicitations entre nous. L’euphorie est là ! Les nerfs craquent une fois la médaille autour du cou et, une fois de plus, le corps aussi. Je retrouverai toute l’équipe au gymnase, après avoir fait un petit tour par la croix-rouge. Et puis, je ne remercierai jamais assez ce merveilleux service qu’est UBER pour nous avoir ramené à l’hôtel si rapidement 😆

Après avoir déglingué un bon burger de récup en pleine nuit, des trombes d’eaux commençaient à taper sur les carreaux de notre chambre. Comme un dernier signe que cette journée parisienne sous le soleil était faite pour nous. Dès le lendemain, je m’inscrivais pour une nouvelle aventure de 100 bornes dans les moins à venir… comme quoi, souffrir tout en prenant du plaisir est une vraie drogue.

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